L'IA de Meta retrouve et fiche des personnes sur demande !
Des journalistes ont demandé à un agent IA de Meta, en langage courant, de lister des membres de groupes vulnérables : immigrés sans papiers, enseignantes transgenres, opposantes iraniennes et femmes ayant commandé des pilules abortives. L'IA a renvoyé entre 10 et 100 comptes par requête en fouillant Facebook, Instagram et Threads ; dans un cas elle a même démasqué une personne protégée par la presse. Meta a été alerté le 22 septembre mais n'a pas répondu aux relances des journalistes.
Un assistant qui retrouve n'importe qui ▶ 00:00
Un agent d'IA de Meta a listé des dissidents iraniens et des sans-papiers. Il a suffi de le lui demander, en langage courant. L'enquête visait aussi des enseignantes transgenres et des femmes ayant commandé des pilules abortives.
On en parlait jeudi dans notre vidéo sur Muse, l'assistant lancé par Meta le 8 septembre. Mais une semaine après, l'histoire prend un tour plus sombre encore.
Des journalistes de Hunterbrook Media ont testé l'agent Muse pendant deux jours. Que demandent-ils à cette IA ? Des listes de membres de groupes vulnérables. Immigrés sans papiers. Enseignants transgenres. Assesseurs électoraux. Femmes ayant commandé des pilules abortives dans des États qui l'interdisent. Les résultats compilaient des comptes Facebook et Instagram appartenant à ces personnes.
L'IA a obéi. Elle a livré entre dix et 100 comptes par demande. L'intelligence artificielle a fouillé Facebook, Instagram et Threads : posts, commentaires, anciens pseudos. Dans un cas, elle a demasque une personne. Son nom etait protege par la presse, par peur de representailles. Beaucoup de ces comptes n'avaient aucune notoriété publique. Les cibles incluaient des sans-papiers, des enseignantes transgenres et des opposantes iraniennes.
Et vous, si vos messages publics étaient lus un par un par une machine ? Capable de tout relier en quelques secondes ? Les garde-fous existaient. Mais l'IA les contournait dès qu'on reformulait la question légèrement. Hunterbrook cite une directrice du centre de confidentialité de Georgetown. Elle qualifie la situation de "très terrifiante".
L'experte en droit Ari Ezra Waldman, de l'université de Californie à Irvine, va plus loin. Il estime que cette IA détruit l'anonymat qui protégeait jusqu'ici les utilisateurs ordinaires des réseaux sociaux. Rassembler des informations éparpillées n'est pas forcément illégal. Mais ça donne, selon lui, les outils nécessaires pour aller physiquement s'en prendre à quelqu'un.
Meta a été averti par les journalistes le 22 septembre au soir. Le lendemain matin, un responsable des affaires publiques de l'entreprise a réclamé des détails supplémentaires. Depuis, plus aucune réponse n'est parvenue malgré les relances répétées des journalistes. Les enquêteurs avaient pourtant transmis leurs prompts détaillés ainsi que leurs résultats complets.
Et pendant que Meta garde le silence, une IA vient de copier quelque chose de bien plus intime.
Le doubleur face au tribunal ▶ 02:10
Un verdict tombe mercredi à Tokyo. Tout le doublage japonais le regarde. On vous racontait lundi l'histoire de Kenjiro Tsuda, star du doublage de "Yu-Gi-Oh!" et "Jujutsu Kaisen", dans notre vidéo sur TikTok et sa voix clonée.
Ce qui change cette semaine : le jugement approche. BFMTV revient sur les enjeux pour tout un secteur. Un compte TikTok anonyme publiait des vidéos sur des légendes urbaines, racontées par une voix générée par IA. Elle ressemblait, selon l'acteur, à la sienne, au point de tromper ses propres fans.
TikTok répond autrement. La ressemblance serait subjective, selon des documents judiciaires consultés par l'AFP. Le compte aurait rapporté plus de 500 000 yens chaque mois. Près de 2800 euros.
Qui doit répondre quand une IA imite une voix sans l'accord de son propriétaire ? C'est la question que pose Yuko Sasaki, directrice du syndicat japonais des doubleurs, citée par l'AFP. Pour elle, une voix est le résultat d'années de travail, pas une matière première gratuite.
D'autres doubleurs, comme Bin Shimada, craignent la suite. Si l'IA gagne ce procès, n'importe quel pseudo pourra parler avec votre voix demain.
Et ce débat ne concerne pas que le Japon. Partout, les lois peinent à suivre ce que l'IA sait déjà faire d'une simple voix enregistrée.
Justement, une autre voix clonée par IA vient de coûter très cher.
Cette fois, à une banque entière.
Quand la voix ment pour de l'argent ▶ 03:30
Une banque italienne a perdu, en quelques appels, 95 millions d'euros. On racontait cette histoire mardi dans notre vidéo sur le deepfake vocal de Fideuram.
Numerama relaie une enquête de Reuters. Il détaille comment l'IA a servi dans l'arnaque. Tout commence par un message WhatsApp reçu en février. Le président de Fideuram pense alors discuter avec le dirigeant de la maison mère du groupe.
Pour rendre la demande crédible, les escrocs appellent ensuite, se faisant passer pour un avocat. Une IA reproduit sa voix, selon des sources de Reuters citées par Numerama. Convaincu, le président de la banque ordonne des virements vers la Chine et Hong Kong.
Une partie de l'argent a été récupérée. Les autorités italiennes, chinoises et portugaises ont coopéré. Elles ont récupéré environ 53 millions d'euros. Le reste, près de 36 millions, reste introuvable. Passé par des comptes à l'étranger, puis converti en cryptomonnaies.
Les autorités judiciaires de Milan examinent cette affaire comme un cas de piratage informatique. Personne n'a été inquiété au sein de la direction. Le president de Fideuram a quitte son poste des le mois de mars, invoquant des raisons personnelles.
Sept mois pour découvrir ce que tout le monde savait déjà.
Et vous, répondriez-vous à un appel qui semble venir de votre banquier ? La question se pose de plus en plus souvent. L'IA rend ces voix artificielles indétectables à l'oreille.
Une IA peut aussi décider, en silence, du prix que vous payez.
Même pour un simple burger, le prix peut déjà avoir changé pour vous.
Le prix qui change selon vous ▶ 04:53
Un même burger, un prix différent selon le quartier où vous l'achetez. On en parlait mercredi dans notre vidéo sur la tarification algorithmique de McDonald's.
Une semaine après, voici ce qu'il faut retenir. Reuters a enquêté, et Engadget relaie l'info. McDonald's utilise une IA pour fixer le prix de ses burgers. Magasin par magasin. L'algorithme évalue ce que chaque clientèle locale est capable de débourser.
L'écart mesuré par Reuters n'a rien d'anecdotique. Un Big Mac à cinq dollars 69 à Fresno. Le même, à deux kilomètres, à six dollars 89. 21 % d'écart. Pour un produit identique.
McDonald's affirme que les franchises restent libres. Elles fixeraient leurs prix elles-mêmes. Mais plusieurs propriétaires de restaurants, cités par Reuters, racontent des appels du siège. Dès qu'ils s'écartent des recommandations de l'IA. "Vous n'avez plus vraiment le choix", dit l'ancienne propriétaire Karen King.
Et si le prix que vous voyez ne reflétait plus le coût réel de votre repas ? Mais seulement une estimation calculée par une machine, sur ce que vous êtes prêt à lâcher ? Le patron de McDonald's le reconnaît devant des investisseurs. Si une franchise ignore les prix fixés par l'IA, son contrat peut ne pas être renouvelé.
Un ordinateur calcule, au centime près, combien vaut votre faim. Le burger, lui, reste tiède sous sa lampe depuis 20 minutes.
L'IA ne sert plus seulement à cuisiner plus vite. Elle décide, en silence, combien vous sortez de votre poche.
Un des fondateurs de la tech met en garde contre bien plus grave.
Le cofondateur qui s'inquiète ▶ 06:15
Bill Gates affirme qu'une IA sans contrôle pourrait "causer 1 milliard de morts". On racontait cette déclaration lundi, dans notre vidéo sur son interview à NBC, une chaîne américaine.
Le cofondateur de Microsoft s'est confié à Kristen Welker, qui présente l'émission Meet the Press. L'entretien a été diffusé fin septembre. Il réclame une implication directe des autorités américaines. Pas une simple auto-régulation des entreprises qui conçoivent ces IA.
"Il faut que les forces de l'ordre et les politiques entrent dans la discussion", dit Gates. Pour lui, encadrer l'IA reviendrait à ajouter une charge de gestion à l'industrie. Il juge aussi qu'un "interrupteur d'arrêt" ne suffirait pas à stopper une IA devenue trop puissante.
Pourquoi une telle alerte, venant d'un des architectes du système ? Gates avait déjà publié, fin août, un texte sur les risques de l'IA à grande échelle. D'autres figures, comme Sam Altman et Elon Musk, ont aussi appelé à ralentir ces technologies.
Le sénateur américain Bernie Sanders a proposé, fin septembre, une loi. Elle suspendrait temporairement le développement des IA les plus avancées. Le temps de poser des règles.
Un cofondateur de Microsoft qui demande qu'on encadre l'IA. C'est le fabricant de voitures qui réclame des limitations de vitesse.
Et justement, cette même semaine, une association chiffre un autre coût de l'IA.
Celui qu'elle fait payer à la planète.
Le coût que personne ne voit ▶ 07:35
Les data centers qui font tourner l'IA pourraient peser sept fois plus lourd sur la planète d'ici 2030. On en parlait jeudi dans notre vidéo sur le rapport de l'association Green IT.
Ce rapport a ete publie fin septembre et relaye par franceinfo. Selon lui, ce sont surtout les centres de donnees qui pesent lourd. Ces bâtiments abritent les serveurs nécessaires au fonctionnement de l'IA. Ils consomment d'énormes quantités d'électricité.
Les chiffres donnés par Green IT sont précis. En 2025, ces serveurs occupaient une surface totale enorme. Elle atteignait 3,5 millions de metres carres sur toute la planete. D'ici 2030, cette surface grimperait à 22,5 millions de mètres carrés.
L'un des auteurs du rapport, Auban Derreumaux, alerte aussi sur les particules fines liées à la production d'électricité. Elles causent déjà, toutes sources confondues, 40 000 morts chaque année en France.
Et si le vrai coût de votre assistant IA préféré ne se voyait pas sur votre facture ? Mais dans l'air que vous respirez ? L'association demande aux pouvoirs publics d'agir dès maintenant pour limiter cette croissance.
L'IA promet d'alléger votre quotidien.
Elle alourdit, en silence, celui de la planète entière.
Ce qu'il faut en retenir ▶ 08:43
Cette semaine, une même question revient. Qui contrôle vraiment ce que l'IA fait de vos données, de votre voix et de votre argent ?
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